
Avec Pete Conrad (à gauche), le coéquipier de Gordon Cooper sur le pas de tir 19, peu de temps avant le départ de Gemini 5 pour une mission de 8 jours
Gemini 5 disposait de 20 appareils photographiques et de centaines de pellicules de diverses sensibilités que nous avons essayés dans des conditions de luminosité variées. Nos expériences de photographie de la surface terrestre devaient servir à cerner les difficultés liées à l’acquisition de données sur des objets terrestres et au suivi de ces derniers en vue de les photographier. Nous sommes revenus avec des centaines de clichés magnifiques de la Terre.
L’un des appareils était équipé d’un énorme téléobjectif. J’étais dans l’armée depuis assez de temps pour savoir à quoi cela pouvait servir depuis l’espace. J’ai donc soulevé le problème : fallait-il considérer cet appareil comme un équipement TS (Top Secret) dès le départ ? Je ne voulais pas qu’on change d’avis là-dessus en cours de route.
Personne ne semblait vouloir le faire et nous sommes partis sans qu’il soit classé TS. On nous avait demandé de photographier trois cibles bien précises depuis la capsule, car les spécialistes voulaient mesurer la résolution des images. Et c’est exactement ce que nous avons fait. Nous avons photographié :
- un terrain d’aviation au-dessus de Cuba ;
- des bateaux en mer au-dessus du Pacifique ;
- des voitures sur un parking au-dessus d’une ville américaine.
A part ça, on nous encourageait à prendre autant de photos que nous le voulions de terrains d’aviation, de villes et de tout ce que nous pouvions rencontrer d’autre. Ce téléobjectif était épatant et je me suis beaucoup amusé depuis notre perchoir à 300 kilomètres d’altitude.
Après l’amerrissage, pendant que nous étions encore sur le navire de récupération, la pellicule prise avec cet appareil a été rapidement envoyée à un laboratoire pour y être développée. J’ai eu le temps de voir quelques clichés (dont des gros plans incroyables de plaques minéralogiques) avant que quelqu’un n’entre dans le carré des officiers et ne m’informe que les photos et les négatifs de cet appareil devaient être saisis et que cette expérience était classée » secret défense « .
J’étais vert de rage, mais je ne pouvais rien faire. Quelques semaines plus tard, Pete et mois sommes allés à Washington afin de recevoir une médaille pour notre mission et j’ai profité à l’occasion pour dire au président des Etats-Unis ce que je pensais de cette histoire. La mort de John F. Kennedy était une perte inestimable pour le programme spatial. Lyndon Johnson avait beau assurer à tout le monde qu’il soutenait tout autant les projets, nous savions qu’il n’avait pas cet engagement dont faisait preuve JFK. La Nasa craignait de voir ses budgets réduits comme elle ne l’avait jamais craint sous l’administration Kennedy.
Face à face dans le bureau ovale, j’ai expliqué au président Johnson que l’expérience avec le téléobjectif était supposée dès le départ ne pas être confidentielle et que, pourtant, on avait saisi mes négatifs et que je n’étais pas autorisé à voir les clichés. Sa mine s’est assombrie et il m’a répondu :
- Mon garçon, c’est moi qui ai donné l’ordre.
Le chef suprême des armées avait parlé, il n’y avait plus rien à dire.

Lyndon Johnson
Des années plus tard, à une réunion de la Nasa en 1997 à Cap Canaveral, un homme aux cheveux gris m’a demandé si je me souvenais de lui. Sa tête m’était vaguement familière, me rappelant quelqu’un qui avait à voir avec l’époque Gemini, mais j’avais du mal à le remettre, j’avoue.
- C’est moi qui ai confisqué le pellicule de Gemini 5.
- Ah, oui, je m’en souviens maintenant.
- Vous n’étiez vraiment pas content. Quelqu’un vous a-t-il déjà dit pourquoi la pellicule avait été confisquée ?
- Non, et je n’en ai toujours pas la moindre idée. Le président m’a dit que c’était confidentiel et je n’ai pas cherché plus loin.
- Je peux bien vous le dire maintenant, m’a t-il confié, après avoir regardé autour de lui pour être sûr d’être à l’abri de toute oreille indiscrète. J’ai entendu dire qu’ils vont lever le secret sur une partie des négatifs de toute façon. Vous aviez les plus belles photos jamais prises de la zone 51.
La zone 51 est le site ou ont lieu les recherches, les mises au point de matériel et les essais militaires top secrets des Etats-Unis, avec des financements tout aussi secrets et ou, selon la rumeur, on utiliserait parfois des technologies reconstituées d’après le démontage de véhicules extraterrestres capturés. Ceci étant bien entendu nié par les autorités.
Lorsque j’ai travaillé sur le projet U-2, hyper secret, à la base d’Edwards en 1957, j’avais eu vent ici et là qu’il allait falloir une autre zone encore plus secrète pour l’armée de l’air. Une zone dont personne ne saurait rien. J’avais entendu dire qu’elle serait encore plus à l’écart, plus facile à garder si quelqu’un venait à tomber dessus. L’entrée ne serait autorisée que pour une liste nominative de gens et sur identification spéciale.
C’est probablement a ce moment-là que la construction de la zone 51 a commencé dans le désert du Nevada. Encore aujourd’hui, je n’ai aucune idée de ce qui se fait (ou se faisait) là-bas, car je n’ai encore jamais rencontré personne qui admette avoir travaillé dans cette zone. Biensûr, on peut dire le même chose de l’U-2 lorsque je travaillais sur ce projet. Personne ne parlait de cet avion non plus. C’est resté l’un des secrets les mieux gardés des Etats-Unis durant la guerre froide jusqu’à ce qu’un de ces appareils soit abattu lors d’une reconnaissance au-dessus de l’Union soviétique.
Quant à la zone 51, j’espère vraiment que l’US Air Force y mène des vols expérimentaux avec des avions d’exception, complètement différents et, pourquoi pas, avec des soucoupes ayant des systèmes de propulsion révolutionnaires. J’aimerais beaucoup que notre argent et nos efforts servent à quelque chose qui en vaille vraiment la peine et que des civilisations plus évoluées nous offrent une aide de ce genre. Et qui serait la première personne à être entrée chez elle avec des clichés de la mystérieuse Zone 51 ?
Une astronaute venu de l’espace.
Référence :
Gordon Cooper : Nous ne sommes pas seuls dans l’espace
Commentaires récents